Homélie
Meditation - Homélie pour le quatrième dimanche de Carême
Saint Jean 9, 1-41
P. Louis Quémener, aumônier du Carmel
Le 4ème Dimanche de Carême, l’Eglise offre aux catéchumènes l’évangile de l’aveugle-né. Ils ont à entendre Jésus qui leur dit : « Je suis la lumière du monde ; venez à moi et devenez des enfants de lumière. »

Qui désire venir à la lumière ? N’est-ce pas celui qui est dans le brouillard, dans le doute, ou encore celui qui est à la recherche d’une vie plus belle et plus vraie ? L’Eglise se doit d’entendre les demandes multiples des catéchumènes. Pour leur répondre, que va-t-elle proposer ? Des exposés doctrinaux ? Des repères ? Des codes de bonne conduite ? 
Ce n’est pas là sa préoccupation. Elle va leur offrir sa seule richesse, et c’est le Christ. Elle demande à chaque catéchumène de se reconnaître dans l’aveugle-né sur lequel Jésus a posé son regard et qui est arrivé à se prosterner devant lui en disant : « Je crois, Seigneur. »

Le récit de Jean est magnifique et riche de sens. Jean l’a certainement longuement médité et tous les détails sont significatifs. Nous ne pouvons en retenir ici que quelques-uns.

Prisonnier de ses ténèbres, l’aveugle n’a pu mesurer l’intérêt de Jésus pour lui qu’au son de sa voix et qu’au toucher de sa main quand il lui a frotté les yeux avec il ne sait quoi. Mais cela lui a suffi pour se sentir respecté et aimé. Et spontanément, il joue la confiance et va se laver à la piscine de Siloé à la demande de Jésus.

Et il revient guéri. Que se passe-t-il alors ? Il devient un objet de curiosité pour les uns, un problème embarrassant pour d’autres. Le voilà soumis à des interrogatoires répétés. Le voilà lâché par ses propres parents. Et tout se termine mal pour lui : on l’injurie, on le jette hors de la synagogue, ce qui revient à le mettre au band de la société.
Quant à lui, il fait preuve d’une simplicité désarmante. Il respire la joie et la paix. il s’étonne de voir des personnages importants rejeter l’évidence. Il en arrive à s’amuser de leur mauvaise foi et à user d’ironie à leur égard.

Aujourd’hui, il peut arriver qu’un catéchumène suscite gêne et embarras autour de lui. On est plus habitué à rencontrer des chrétiens fatigués de croire que des non-croyants découvrir les chemins de la foi ! Le catéchumène qui marche d’un pas décidé vers le Baptême surprend et pose question. Il a besoin d’être solide dans la foi ; l’Eglise se doit de le soutenir et de l’accompagner. Les chrétiens convaincus en ont-ils assez conscience ? Pensons-nous assez prier pour les catéchumènes ?

Dans le récit évangélique, ce qui est souligné, c’est le chemin parcouru par l’aveugle guéri dans sa connaissance de Jésus. Il commence en effet par parler de « l’homme qu’on appelle Jésus » ; puis, il est amené à dire : « c’est un prophète » ; puis : « c’est un ami de Dieu ». Ensuite, en présence de Jésus, il reconnaît en lui « le Fils de l’homme » ; enfin, ultime profession de foi, il le déclare « Seigneur. »
 
Donc, une progression en 5 étapes. Chacune d’elles est importante. Et aujourd’hui, le catéchumène 
doit les parcourir. 

  • 1ère étape : connaître Jésus comme vrai homme et homme vrai. En lisant les évangiles, le voir homme parmi les hommes. St Pierre dira : « il est passé parmi nous en faisant le bien. »

  • 2ème étape : « c’est un prophète » dit l’aveugle. Prophète à la suite d’Elie, d’Elisée et de tous les autres. Un homme qui délivre un message reçu de Dieu et qui authentifie son message par des actes de puissance et de miséricorde. Le catéchumène doit être instruit du message de Jésus.

  • 3ème étape : c’est un ami de Dieu. C’est ce que les Ecritures disaient aussi de Moïse qui était admis à s’entretenir avec Dieu face à face. Jésus, ami de Dieu, le parfait « religieux » du Père.
    Le catéchumène est invité à entrer de tout cœur dans la prière de Jésus, dans sa relation filiale au Père.

  • 4ème étape : Jésus interroge : « crois-tu au Fils de l’homme ? » autrement dit : « crois-tu en celui qui vient du ciel pour rassembler les hommes en un royaume pour le Père ? »
    La question dépasse les capacités de l’aveugle. Il lui faut faire confiance. Il questionne :
    « Et qui est-il pour que je croie en lui ? » « Eh bien, tu le vois et c’est lui qui te parle. »
    Et l’aveugle donne sa confiance à son très puissant bienfaiteur !

  •  5ème étape : c’est l’ultime étape où s’exprime la foi pascale. Elle n’est possible qu’après la mort et la résurrection de Jésus. Mais Jean la met déjà dans la bouche de l’aveugle pour instruire ses lecteurs sur la totalité de la foi en Jésus. 
« Je crois, Seigneur », dit l’aveugle et il se prosterne devant Jésus.  
La vraie foi proclame JESUS SEIGNEUR. Jésus est la présence de Dieu et de Dieu Sauveur parmi les hommes. Il est Dieu-avec-Dieu, Dieu-comme-Dieu.

Par cette pleine profession de foi, le baptême du catéchumène est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, pour mourir au péché afin de vivre la Vie nouvelle.