Homélie
Homélie du 1er mars - Premier dimanche de Carême
Matthieu 4, 1-11
P. Louis Quémener, aumônier du Carmel
Aujourd'hui, l'Eglise commence par ouvrir le livre de la Genèse pour en lire une page hautement symbolique et riche de sens. Elle nous met face à 2 grandes vérités essentielles.

Première vérité : Dieu est vie et source de vie. Il met en l'homme le souffle de vie ; l'homme devient ainsi un être vivant. Dieu place l'homme dans un merveilleux lieu de vie où poussent toutes sortes d'arbres aux fruits savoureux : "Tu peux manger de tous les arbres du jardin." L'arbre principal planté au beau milieu du jardin est l'arbre de vie. Dieu veut pour l'homme la vie et le bonheur.

Seconde vérité : Dans le jardin il y a aussi l'arbre de la connaissance du bien et du mal.
De cet arbre, dit Dieu à l'homme : "tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras." Autrement dit, il n'appartient pas à l'homme de décider arbitrairement de ce qui est bien et de ce qui est mal. Cela est inscrit par Dieu dans la nature même des choses et Dieu le dit à l'homme en lui parlant au plus intime de sa conscience.

Manger de cet arbre de la connaissance, c'est décider d'appeler ’bien’ ce qui est ‘mal’ ou d'appeler ‘mal’ ce qui est ‘bien’. Et cela l'homme peut le faire, car Dieu l'a doté d'un fameux pouvoir : le pouvoir de choisir. Dieu a voulu l'homme libre et responsable.
Caïn est jaloux de son frère Adel, il le tue : "C'est bon pour moi qu’il ne soit plus là !"
Voilà comment j'appelle bien ce qui est mal. C'est bon pour moi de mentir pour me tirer d'affaire, de voler pour m’enrichir, etc, etc…

Où cela mène t-il ? Pour nous le dire, l'Eglise fait appel à l'apôtre Paul qui traite de cette question dans sa lettre aux Romains - c'est la deuxième lecture de ce dimanche.
"Si tu manges de cet arbre, tu mourras" a dit Dieu à l'homme. Et l'apôtre Paul constate qu'effectivement la mort est entrée dans le monde. Et que la mort s'est multipliée. du fait que tous les hommes se sont mis à appeler’ bien ‘tout ce qu'ils estimaient bon pour eux, même si c'était objectivement mal. N'est-il pas vrai que tout le monde trouve toujours de bonnes raisons pour faire ce qui n'est pas raisonnable ou pour faire ce qui est carrément détestable ?!
Mais l'apôtre Paul ne reste pas à ce constat pessimiste et décourageant. Il a conscience d'avoir été choisi par Jésus, le Seigneur ressuscité, pour annoncer un évangile de lumière et de vie. Il se plaît donc à mettre en parallèle le premier Adam et le nouvel Adam qui est Jésus. Et il souligne bien sûr l'heureuse supériorité du Nouvel Adam qui inaugure une humanité nouvelle.

Dans son exposé, l’apôtre a soin de mettre en valeur l'action de Dieu. Car qui oserait penser que Dieu puisse être mis en échec par le péché de l'homme, même si ce péché prend des proportions épouvantables ? Le projet de Dieu qui est promesse de vie et de bonheur doit l'emporter sur tous les obstacles. "Dieu a tant aimé le monde, dira Saint Jean, qu'Il a donné son Fils." Il l'a donné gratuitement. L'apôtre Paul déclare que le don gratuit de Dieu et la faute non pas la même mesure. La faute conduit logiquement à un jugement de condamnation et à la mort. Le don gratuit de Dieu a pour résultat la grâce de l'homme pécheur qui se trouve ainsi pardonné et justifié. "Si la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus-Christ et de lui seul, régneront t-ils dans la vie ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes." Telle est la conclusion de l'apôtre.

Mais la conclusion qui s'impose à nous est claire : il nous faut resserrer les liens avec Jésus, le nouvel Adam. Tel est bien l'objectif de ce temps du Carême.

Pour bien vivre ce temps, ne confondons pas les moyens et l'objectif. Les moyens sont bien connus ; ils sont traditionnellement au nombre de 3 : le partage, la prière et le jeûne. Mais ne manquons pas l'objectif qui est Jésus lui-même. Sainte Thérèse disait : aimer Jésus et le faire aimer. Et lorsque nous sommes vraiment à Jésus, Jésus nous donne au Père.
 
Cet objectif sera dit, lors de la vigile pascale, dans les mots suivants : 
"Après avoir terminé l'entraînement du Carême, renouvelons la renonciation à Satan que l'on fait lors du baptême, renouvelons notre profession de foi au Dieu vivant et vrai, et à son Fils Jésus-Christ, dans la sainte Église catholique."

Nous remarquons qu'il est question de renonciation à Satan. Le carême c'est aussi un combat contre le péché, contre les forces du mal. C'est le combat de Jésus, dont parle tous les ans l'évangile du premier dimanche de Carême. Jésus se veut aux ordres du Père; il se veut au service de son projet d'amour et de vie. Sa nourriture et de faire la volonté du Père. Il repousse avec force les pièges du tentateur. Nous le prenons pour Modèle et nous comptons sur son aide.
Et nous faisons nôtre la belle prière de l'Eglise qui dit très bien l'objectif principal de ce saint temps : 
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce Carême, de progresser dans la connaissance de Jésus-Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle.