Homélie
Homélie (qui était prévue pour le 15 mars) - troisième dimanche de Carême
Saint Jean 4, 5-42
P. Louis Quémener, aumônier du Carmel
Cette année, durant 3 dimanches, l’Eglise quitte Matthieu - qui est l’évangile de l’année A -pour lire, prier et méditer 3 récits majeurs de Jean dans lesquels Jésus se trouve en présence de la Samaritaine, de l’Aveugle-né et de son ami Lazare déjà au tombeau.

Par ces 3 récits, l’Eglise veut offrir une catéchèse particulièrement riche aux catéchumènes, c’est-à-dire aux adultes qui vont être baptisés durant la Veillée pascale. Ils sont nombreux à travers le monde, y compris en France. Nous devons les porter dans notre prière et nous devons nous-mêmes nous préparer à renouveler nos engagements de baptisés lors de la veillée pascale.

L’évangile de la Samaritaine débute par la présentation d’un Jésus, seul, fatigué par la route, assis au bord d’un puits.
Il s’achève tout autrement : Jésus est accueilli avec joie par une communauté de croyants qui reconnaît en lui « le Sauveur du monde ».
En parallèle, une femme, isolée elle aussi et tenue à l’écart, retrouve sa dignité et joue un rôle moteur auprès de ses compatriotes.

La rencontre de Jésus et de cette femme a lieu dans la pleine lumière de midi, et non pas de nuit comme la rencontre de Jésus et de Nicodème : c’est le présage d’une heureuse rencontre où la femme va passer des ténèbres intérieures à la lumière de Jésus. Mais ce n’est pas elle qui prend l’initiative. Au contraire, elle s’approche du puits, étonnée et sans doute contrariée d’y voir un homme qui, plus est, est juif. Elle est surprise par sa demande : « Donne-moi à boire. » Sa réaction dit en fait son refus d’entrer en dialogue. Mais Jésus joue l’ouverture. Il évoque ce Dieu qui donne et se donne, un Dieu qui se fait proche : le Dieu du dialogue, de l’alliance et de l’ouverture. Jésus est l’ami de ce Dieu-là et ce qu’il a à offrir, c’est « l’eau vive. »

De « l’eau vive » ! Cette expression mystérieuse, j’imagine que la femme cherche à la comprendre, alors qu’elle laisse aller lentement jusqu’au fond du puits son seau. Cette eau vive, ce n’est évidemment pas l’eau naturelle qu’elle veut puiser. Eau vive, eau vivifiante, eau qui a quelque chose à voir avec la vie au plus profond de son être, eau qui répond à une autre soif que celle qu’apaise un verre d’eau.

Dans sa catéchèse, l’Eglise se plaît à interroger les catéchumènes. De quoi avez-vous soif ? Quelles sont vos questions sur le bonheur, sur la vie ? A quels signes reconnaissez-vous l’initiative de Jésus qui veut entrer en dialogue avec vous et nouer alliance avec vous ? Il n’est pas étonnant que le catéchuménat s’étale sur 2-3 ans, parfois plus. Il connaît des hauts et des bas, car il peut appeler à des changements de vie importants. L’eau vive est offerte par Jésus à celui qui est prêt à dire : « Mon âme a soif du Dieu vivant. » 
 
Quelles ont été les pensées de la Samaritaine sur sa soif profonde, sur ses désirs majeurs, sur sa vie ? Je pense qu’elle a été rejointe au plus intime d’elle-même lorsque Jésus lui a dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » Et la révision de vie a dû se prolonger puisque la femme dira aux gens de la ville : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. » Ce qui laisse entendre qu’il y avait beaucoup de choses à dire…

Parler sérieusement des choses de la vie conduit toujours à parler de Dieu. Reconnaître les passages de Dieu dans ma vie. Qu’attend-il de moi ? Que rendrai-je au Seigneur pour le bien qu’il m’a fait ?

Jésus parle de Dieu à la Samaritaine. Il lui donne le nom de Père ; il déclare que les vrais adorateurs que recherche le Père doivent l’adorer en esprit et vérité. Ce ne sont pas des choses que Dieu attend, ni des sacrifices d’animaux ; et qu’importe le lieu. Dieu regarde le cœur.
La pensée de Jésus sera bien traduite par l’apôtre Paul :
« Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable. » (Rom 12,1)

C’est pour que cette adoration véritable soit possible que Jésus donne à boire de l’eau vive, et lui seul peut la donner. C’est pour cela qu’il a été envoyé et, dit-il, sa nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui l’a envoyé, et d’accomplir son œuvre. Nous reconnaissons que c’est par Jésus seul que nous adorons le Père en esprit et en vérité lorsque nous disons :
« Par Lui, avec Lui, et en Lui, à toi, Père, dans l’unité du St Esprit, tout honneur et toute gloire. »

Le catéchumène achève son parcours, non pas par le Baptême seulement, mais par la Confirmation où Jésus lui donne la force de l’Esprit, et surtout par l’Eucharistie où il devient en Jésus un adorateur véritable du Père, par l’offrande de sa personne et de sa vie. Il lui reste alors à mener une vie de plus en plus fidèle. C’est pourquoi la Messe doit rester le centre de toute sa vie de chrétien.

Au contact de Jésus, la Samaritaine se fait missionnaire. Elle va donner à Jésus la joie d’être accueilli dans une communauté de croyants et d’être reconnu comme le « Sauveur du monde ».
Ce jour-là, Jésus a été à la fois « semeur et moissonneur ». Mais la moisson est abondante et Jésus saisit l’occasion de dire à ses disciples qu’ils ont, eux aussi, à moissonner là où il a semé, et qu’ils auront aussi à semer là où d’autres, après eux, moissonneront.
Ce n’est qu’à ce prix qu’il sera reconnu vraiment comme le Sauveur du monde.